Douala, le  03 septembre 2016

 

CELEBRATION DE LA MEMOIRE COLLECTIVE AFRICAINE ET CAMEROUNAISE       

Semaine de Commémoration de la mémoire collective (22 août 2016-02 septembre 2016)

Auditions en langues camerounaises, animations, inaugurations, conférences, ateliers, centenaire

                                                                                                                                                                                     

                             

Lieu des activités : Fondation AfricAvenir International, ancienne route de Bonabéri, face Hôtel Royal Palace (du 24 août 2016 au 02 septembre 2016) & Mausolée le Lock Priso Bell, Grand Baobab, Bonabéri-Douala (le 28 août 2016)

                                  

 

L’audition des témoins camerounais de l’histoire : les savoirs oubliés rendus aux communautés

 

La Fondation AfricAvenir International, en partenariat avec la Gerda Henkel Stiftung, a eu grand plaisir d’inviter le public, la presse mais surtout les différentes communautés culturelles camerounaises, à partir du mercredi 24 août 2016 à 12h00 à la cérémonie d’ouverture de la semaine de Commémoration de la mémoire collective camerounaise.

Dans la cadre de ces activités, des Professeurs des Universités de Rang Magistral et de renommée internationale se sont succédés au cours d’une série de conférences sur les résistances anticoloniales au Cameroun par région, trois conférenciers venant d’Allemagne, le corps diplomatique, sous le regard attentif d’une délégation de la Werkstatt der Kulturen[1] de Berlin arrivant d’Allemagne avec une équipe de film pour assister aux cérémonies, la Deutsche Welle, des Rois camerounais du Nord, de l’Extrême-Nord, du Littoral, de l’Ouest, du  Sud-Ouest, du Centre et de l’Est regroupés avec leurs communautés respectives pour écouter les voix enregistrées de leurs aïeux tous disparus et témoins de la genèse du Cameroun.

Parlant justement de ces communautés…

Elles étaient à l’honneur du 26 au 27 août 2016, à l’occasion du « Lancement de l’audition des « Voix des Témoins camerounais de l’histoire nationale pour la période 1884-1916 ». En effet, celles – ci étaient notamment les cibles privilégiées de cette articulations, dans la mesure où le travail de préservation et de transmission de la mémoire collective camerounaise, débuté déjà il y’a 30 ans avec les interviews des 176 plus vieux camerounais[2] des années 1981 à 1986, avait pour objectif majeur la communication de ces savoirs ainsi préservés, à leurs communautés d’origines respectives.

Dans ce cadre, une vaste campagne de sensibilisation communautaire a été amorcée par la Fondation AfricAvenir International, menée sur le terrain, par les Doctorants du programme « Héritage et Innovation », et les collaborateurs de la maison, allant tantôt dans les foyers culturels, les églises et lieux de cultes, les commerces… ou même chez le citoyen lambda, afin de porter à la connaissance des concernés, le contenu de ce programme inédit.

La cérémonie protocolaire et traditionnelle ayant ponctué cette ouverture solennelle, a sans aucun doute eu pour temps fort, la présentation et la consécration rituelle du Tangué du Prince Bele Bele. En effet, suite au processus de négociation avec le Gouvernement de la République Fédérale d’Allemagne, le Gouvernement de l’Etat de Bavière, le «  Musée des Cinq continents », qui malgré son ouverture semble marquer un problème d’évolution, le Prince Bele Bele leur envoi par cette acte une réponse forte par ce rituel de dévitalisation du Tangué présent ou plutôt détenu au « Musée des Cinq continents », afin d’en transférer la force spirituelle sur le Tangué conçu d’une main de maître par le « Génie camerounais contemporain »[3].

 

[1] Atelier des Cultures de Berlin, Allemagne

[2] Alors âgés de 90 à 110 ans. Leur naissance est donc estimée à la période entre 1870 et 1890.

[3] Cf. «  Evènement historique : la mémoire collective africaine et camerounaise ravivée à travers, l’inauguration du Tangué », note d’information à l’attention de la Presse, rédigée par Mlle ELOLI NKOUMBA, stagiaire !

Un parterre d’invités de marque, de gauche  à droite, SE l’Ambassadrice honoraire de l’UNESCO, Elisabeth MOUNDO, SE le Pr Charles BINAM BIKOÏ, Secrétaire Exécutif du CERDOTOLA, le Représentant du Ministre des Arts et de la Culture, de la délégation du Sud - Ouest, mené par SM MONONO ETINA, cheaf of Great Soppo, a Buéa, du gardien des valeurs traditionnelles Tete MANGA EBANDA, le Prince BELE BELE KUM’A NDUMBE III, SM YACOUBA MOHAMADOU MOURTALLA, Lamido de Mokolo, la Pricesse MOMAFON RABÏATOU NJOYA, le Représentant de SM DOH GANYONGA III, Fon de BALI, le Pr TITANJI Vincent, et la Princesse Marilyn BELL …

Il faut dire qu’il ne s’agissait plus simplement d’un Acte simplement Douala, car tous les Rois présents, ont en leurs langues, selon leur cultures respectives, procédé à la consécration du Tangué présent, afin de lui « donner vie », en lieu et place du Tangué en otage à Munich.

 

Le décor étant ainsi planté, l’ouverture du bal des communautés s’est opérée avec la région du Sud-Ouest, sous la Présidence bienveillante et des plus participatives de Sa Majesté Monono Etina, Chief of Great Soppo, à Buéa.

L’audition des témoignages du Sud-Ouest Cameroun, en : mokpe, agbo, bankong, anglais, pidgin-english, a été ponctué par l’hommage spécial à Papa LAMBE ROBINSON, de Buéa a notamment touché le public dans sa sensibilité la plus profonde ! En effet, l’un des éléments de sa communication ayant arraché entre rire et larmes au public, c’est bien lorsque ce dernier précisait : « Lorsque les enfants n’allaient pas à l’école, ce sont les parents que l’on allait chercher dans les villages, pour les fouetter ! … Dans certains cas, les fessiers de ces derniers saignaient à un tel point qu’il ne leur était plus possible de s’asseoir pendant plusieurs jours ou même de se vêtir… ». Les échanges qui ont suivis, furent riches en partage, il est d’ailleurs à noter que la communauté du Sud - Ouest était accompagné des membres d’autres communautés, au premier rang desquelles nous ne manquerions d’évoquer celle du Grand Nord, avec la participation de Sa Majesté  YACOUBA MOHAMADOU MOURTALLA, Lamido de 1er degré de Mokolo, entre autres …

La session du Sud – Ouest, avec le Pr Vincent TITANJI, représentant personnel de SM DOH GANYONGA III, Fon de BALI, SM MONONO ETINA, chief of great SOPPO, le Prince BELE BELE KUM’A NDUMBE III, SM, YACOUBA MOHAMADOU MOURTALLA, Lamido de Mokolo, la Pricesse MOMAFON RABÏATOU NJOYA, et la Princesse Marilyn BELL.

Annonçant la deuxième session dans une transition très festive, les danseuses de « Ya Ya » de la communautés Bamoun, endiablèrent la piste avec leurs rythme et sonorité, annonçant de manière magistrale la Session de l’après-midi avec les Témoignages de l’Ouest-Cameroun en français et yemba, pidgin-english et yemba, ghɔmalaꞋ et nda’nda’, français et mədʉmbα, français et shupaməm, avec pour principaux maîtres de cérémonie, Sa Majesté NJITACK NGOMPE PELE, Roi de Bafoussam et Sa Majesté la Princesse MOMAFON Rabiatou NJOYA des Bamoun. En effet, les deux communautés majeures de l’Ouest Cameroun, ont eu à écouter les enregistrements d’abord en ghɔmalaꞋ puis en shupaməm. L’un des points forts à noter lors de cette session, est notamment l’exécution de l’hymne national camerounais en shuməm (langue du Sultan NJOYA, premier du nom), par la délégation des étudiants ressortissants du Noun, de l’Université de Douala ! La fin de cette Session, est marquée par une touche festive et musicale, avec les chanteurs et danseurs de la Communauté Bamiléké, lesquelles ont fait danser le public, de leur rythme et invitations à la danse. L’on n’aurait d’ailleurs pu rêver meilleure clôture pour cette Session, laissant place à une courte interruption, une reprise de souffle pour continuer en musique avec la Session du Littoral.

En effet, la dernière Session de cette journée était consacrée au  Littoral, avec l’audition des témoignages en duala, basaa, batanga, bakoko, et français, sous le regard attentif de Son Altesse Royale le Prince Jean Yves DOUALA MANGA BELL, et de l’hôte de ces Cérémonies de commémoration de la mémoire collective, SM le PRINCE BELE BELE KUM’A NDUMBE III, mais aussi de la fille du Pays, SE Madame l’Ambassadrice de l’Unesco dans plus de 22 pays, Elisabeth MOUNDO. Il faut dire, que le commentaire du Prince DOUALA MANGA BELL, en a surpris et touché plus d’un dans l’assistance, tant celui – ci dénotait d’une connaissance historique remarquable, mais aussi d’une certaine érudition ! Le Prince BELE BELE lui donnant le change avec son habituelle aisance, joyeusement rejoint par Madame l’Ambassadrice,  dans un cocktail complet ayant permis à chacun d’en apprendre plus, sur la culture de cette région, et sur son histoire ! La science laissant place aux « Bilimbi » ou tambours de communication, lesquels ont rythmé la danse, qui a été menée par Madame l’Ambassadrice en personne, suivis des filles et femmes présentes, pour l’exécution du « NGOSSO »…

C’est d’ailleurs sur cette note festive, que s’est achevée la première journée dédiée aux communautés, annonçant d’avantages de belles choses pour la suivante, celle du Samedi 27 août 2016.

 

La Journée du 27 août 2016, marquant la suite et la fin de la phase d’audition des « Témoins camerounais de l’histoire » notamment avec les Sessions consacrées au Grand Nord et au Centre – Sud !

Les griots de Sa Majesté YACOUBA MOHAMADOU MOURTALLA, Lamido de 1er degré de Mokolo, assurent l’animation de la session du Grand NORD !

La Session du matin, consacrée au Grand Nord, a démarré en fanfare avec l’animation des griots de Sa Majesté YACOUBA MOHAMADOU MOURTALLA, Lamido de 1er degré de Mokolo, initialement co – président de cette Session, avec Sa Majesté MAHAMAT BAHAR MAROUF, Sultan du Logone BIRNI, empêché en raison des récentes attaques dans son royaume, de la Secte Islamique « BOKO HARAM ». Une pensée particulière pour les victimes et pour ce combat, qui selon les dires du Prince BELE BELE, « n’est pas un combat du Nord, mais bien un combat de toutes les communautés du Cameroun ». La Session du Nord, très animée avec les chants des griots, a arraché quelques liasses de billets aux joyeux spectateurs, dont était restituée l’apologie ou même la généalogie! C’est d’ailleurs, l’une des spécialités de cette région, tant en terme d’animation, mais aussi en terme de préservation et de transmission de la mémoire orale par le chant des griots! Les Témoignages de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême Nord Cameroun ont principalement été écoutés en langue fulfulde, wandala et français. Un autre point forts de cette Session était l’écoute du reportage sur le Lamidat de Mokolo, d’un jeune du pays[1] , journaliste à la Chaîne de Télévision DBS; et les questions réponses qui ont suivis !

 

[1] Du grand Nord !

La Session du matin, consacrée au Grand Nord, a démarré en fanfare avec l’animation des griots de Sa Majesté YACOUBA MOHAMADOU MOURTALLA, Lamido de 1er degré de Mokolo, initialement co – président de cette Session, avec Sa Majesté MAHAMAT BAHAR MAROUF, Sultan du Logone BIRNI, empêché en raison des récentes attaques dans son royaume, de la Secte Islamique « BOKO HARAM ». Une pensée particulière pour les victimes et pour ce combat, qui selon les dires du Prince BELE BELE, « n’est pas un combat du Nord, mais bien un combat de toutes les communautés du Cameroun ». La Session du Nord, très animée avec les chants des griots, a arraché quelques liasses de billets aux joyeux spectateurs, dont était restituée l’apologie ou même la généalogie! C’est d’ailleurs, l’une des spécialités de cette région, tant en terme d’animation, mais aussi en terme de préservation et de transmission de la mémoire orale par le chant des griots! Les Témoignages de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême Nord Cameroun ont principalement été écoutés en langue fulfulde, wandala et français. Un autre point forts de cette Session était l’écoute du reportage sur le Lamidat de Mokolo, d’un jeune du pays[1] , journaliste à la Chaîne de Télévision DBS; et les questions réponses qui ont suivis !

 

[1] Du grand Nord !

La signature de la Convention de collaboration entre le Musée royal de MOKOLO, et la Fondation AfricAvenir International, avec au Centre leurs Majestés YACOUBA MOHAMADOU MOURTALLA, Lamido de Mokolo, Prince BELE BELE KUM’A NDUMBE III, entourés de SM MVONDO BRUNO et de la Sénatrice ZOGO Marceline à l'extrême gauche, de la Princesse MOMAFON RABÏATOU NJOYA, et des représentants de SM Jean Marie MAMA, chef de 1er degré Tchanga Manga VI, leaders de la Communauté « EKANG », à Douala.

Le clou du spectacle était sans aucun doute, la signature de la Convention de collaboration entre le Musée royal de MOKOLO, et la Fondation AfricAvenir International, dans les domaines de l’art, de la culture et des sources des savoirs entre autres… symbole matérialisant le processus de synergie que s’opère de plus en plus entre  les cultures camerounaises et africaines[1].

 

Place enfin à la dernière session consacrée aux communautés, celle du Centre – Sud  avec les Témoignages en ewondo, eton, français, suivi des échanges interactifs.

         C’est sous une pluie battante, qu’a démarré la session Centre – Sud, présidée par celui qui est désormais un habitué de la maison, mais surtout l’une des royautés les plus remarquables et appréciées ! Nous parlons bien là, de sa Sa Majesté MVONDO Bruno, chef de Minkok mi Ndon – Bityili, mais également de la délégation de la Communauté „EKANG“ [2]de Douala, venue représenter Sa Majesté le Sénateur Jean-Marie Mama, chef de 1er degré Tchanga Manga VI.

           Deux témoignages ont été écoutés lors de cette session, le premier en ewondo et le second en eton, et c’est avec beaucoup de pédagogie que le président de séance, Sa Majesté MVONDO Bruno s’est plié au jeu de l’explication et la traduction du contenu des deux extraits ! Les questions abordées dans les témoignages étaient entre autres orientés vers les questions relatives à la succession, ou encore à la chefferie traditionnelle dans son rapport avec le système introduit avec la colonisation[3].

 A noter que la communauté « Ekang » était accompagnée de celle du Nord, et de certains membres de l’Ouest, du Littoral … traduisant à suffisance le fait que la barrière du « village », de la « Tribu » … vient à disparaître, pour progressivement envisager la nécessité d’une synergie des communautés, vers une seule et même entité.

 

 

[1] Dans le même ordre d’idée nous pouvons également citer le Memorandum of Understanding entre le Cameroun (Fondation AfricAvenir International), la Gambie (Le Centre national des Arts et de la Culture), et le Mali (L’ONG SAWAMA - DCI), ou encore la Convention entre le CICIBA (Centre International des Civilisations Bantoue) et la Fondation AfricAvenir International, mais aussi le « Comité International pour le retour des œuvres d’arts et de cultes, manuscrits et documents africains… »

[2] Grand groupe Fang et Béti  confondus

[3] La désignation des chefs traditionnels par l’autorité coloniale, puis par l’Etat…

C’est sur cette note de fraternité et de communion que s’est achevée la partie dédiée aux communautés ! En effet, bien que les sessions aient été principalement animées par les ressortissants respectifs des régions concernés, le public présent était en réalité très cosmopolite à chacune des sessions ! A titre illustratif, le Lamido de Mokolo, Sa Majesté YACOUBA MOHAMADOU et la Princesse MOMAFON RABÏATOU NJOYA, ont assisté à toutes les cinq sessions !

Dans le même sens, les associations estudiantines à caractères culturelles se confondaient les unes les autres, plus préoccupées par les savoirs diffusés, que par leur appartenance tribale !

C’est probablement en cela que réside la véritable voie pour une Renaissance africaine réussie, des savoirs anciens, la force de sa jeunesse, mais surtout le travail en communion, qui ne relève plus de la simple fantaisie, mais bien d’un impératif vital…

 

 

 

EKOBENA ATEMENGUE MARIE JOSEPH

Master en Théories et Pluralismes Juridiques

Doctorante, Programme « Heritage & Innovation »

Fondation AfricAvenir International

 

 

LES ECHOS DE L’ECOLE DOCTORALE DE LA FONDATION AFRICAVENIR INTERNATIONAL

Ouverture des travaux de célébration de la commémoration

Procession du corps professoral, accompagnée du professeur Efoua Mbozo’o,  représentant personnel du Ministre Fame Ndongo, Ministre de l’Enseignement Supérieur à l’ouverture de la commémoration de la mémoire collective Africaine et Camerounaise.

Dévoilement du Tangué emblématique de la Fondation par le représentant personnel du

Ministre de l'Enseignement Supérieur 

Dévoilement du Tangué emblématique de la Fondation par le représentant personnel du

Ministre de l'Enseignement Supérieur 

De la gauche vers la droite, on a Pr. Vincent Titanji, Mme Ingeborg Mautner des Editions AfricAvenir, S.E. Dr. Elisabeth MOUNDO, Pr. Albert TEMGOUA, SM. NJITACK NGOMPE PELE Chef Supérieur des Bafoussam, Princesse Rabiatou NJOYA, les Professeurs Prince Kum’a Ndumbe III, EFOUA MBOZO’O, S.E. Charles BINAM BIKOÏ, Paul Gérard POUGOUE, NSEME Clédor, Blaise A. NGANDO

La Fondation AfricAvenir International a organisé dans le cadre de la célébration de la mémoire collective africaine des conférences pour le compte de l’école doctorale. Les  journées du 24 et 25 août 2016 ont vu se succéder les éminents professeurs des universités dans leurs disciplines respectives, notamment le droit et l’histoire.

Pr. Paul Gérard POUGOUE

Parlant d’abord du droit, il est à noter que le ton fut donné par le professeur  Paul Gérard POUGOUE, sous le thème  Les colonnes philosophales du droit : les enseignements du droit traditionnel africain. De son intervention l’on peut retenir que « L’idée du droit est intimement liée à la vie des hommes en société. Une synthèse philosophique  de ce  besoin de droit a abouti à une définition positive du droit comme l’ensemble des règles en vigueur dans un ordre juridique donné ». Poussant plus loin sa réflexion, le professeur souligne que « Le droit traditionnel africain permet de relancer la réflexion sur la science du droit. La sagesse du droit traditionnel africain  montre que les critères habituels de l’Etat et de l’écriture ne suffisent pas à borner le champ du droit. Le droit peut exister avec ou sans ces critères. Le droit traditionnel africain indique que le «  juste » ne peut véritablement être atteint qu’avec l’harmonie sociale». Bien que marquant l’incursion du profane dans la sphère juridique, la coutume représente du point de vue prospectif, un horizon d’une vision plurielle, sociale et pragmatique du droit.

Quant au professeur Blaise Alfred NGANDO, il a entretenu le public sur le thème : "introduction du droit colonial et déstabilisation structurelle des peuples africains". L’orateur du jour commence par ressortir les différences fondamentales qui opposent les droits traditionnels, essentiellement collectivistes et ruraux, au droit importé marqué par son caractère individualiste et libéral. La philosophie individualiste et libérale que véhicule le droit occidental aura une incidence particulière sur la société traditionnelle, tant du point de vue des rapports personnels que des rapports réels. Au plan personnel, on assiste à la sclérose du lien familial, marqué notamment par la déliquescence du lien de solidarité, le recul de la famille lignagère et l’institution de la famille nucléaire, en passant par la contractualisation des liens sociaux. Au plan réel, l’on note l’appropriation privative des terres et l’institution des titres de propriété individuelle.

Les échanges intenses ont ponctué les différentes interventions même s’il faille noter que les débats se sont déroulés dans la convivialité citoyenne et le respect mutuel. C’est donc dans cette atmosphère d’érudition et de réelle émulation scientifique que, le 25/08/2016, l’histoire va succéder au droit avec la revue d’ensemble des résistances à la pénétration allemande.

Prince KUM’A NDUMBE III, Professeur émérite des universités

Pr. EUGENE DESIRE ELOUDOUNDOU

Pour le professeur  EUGENE DESIRE ELOUDOUNDOU les résistances dans les régions du Sud et de l’Est se sont déroulées en deux temps. Il s’agit d’une phase d’exploration du territoire et une phase d'exploitation. Pendant la première phase dite d’exploration, la résistance des chefs est fondée, et même dictée,  sur la sauvegarde de la souveraineté traditionnelle et des intérêts propres des communautés. La phase dite d’exploitation se caractérise par l’institution des travaux forcés et en conséquence le mécontentement général. En somme, de nos jours les noms des villes tels Bertoua, Nguelemendouka ou encore Yokadouma sont le témoignage vivant de la résistance camerounaise face à l’envahisseur Allemand.

Pr. ALBERT PASCAL TEMGOUA

 

Prenant à son tour la parole, le professeur ALBERT PASCAL TEMGOUA traitera des résistances dans le grand Nord et l’Ouest Cameroun. La région du Nord pour l’essentiel constituée des lamibés peuls se démarque par son intransigeance face aux explorateurs allemands, forçant ainsi les Allemands à recourir aux moyens militaires. Les lamibés de Rey Bouba, Banyo, Ngaoundéré, de Tibati, de Garoua seront conquis après d’âpres combats. La ferveur islamique ne suffira pas pour faire face à la supériorité des moyens militaires du gouvernent impérial. Ainsi à la suite de leur effondrement, le reste des lamibés, structurellement moins puissants vont venir présenter eux-mêmes leur reddition aux autorités allemandes. Parlant de la région de l’Ouest Cameroun, l’auteur sous distingue deux attitudes, selon que l’on est dans les chefferies Bamilékés ou dans le royaume Bamoun. Dans les chefferies Bamiléké, notamment chez les Batié, Fondjomekwet, Babouantou et Batcha, les résistances sont acharnées et l’arrivée des allemands est partout conçue comme un sacrilège à la tradition ancestrale. Par contre du côté du sultanat musulman Bamoun, le roi Njoya a choisi la collaboration. Cette attitude bien que querellée permettra au royaume de conserver son héritage culturel.

Au total commencée par la côte dès 1884, la conquête du territoire du Cameroun ne va prendre fin qu’en 1911, à cause de la résistance des peuples jaloux de leur souveraineté et soucieux de défendre jusqu’au sacrifice le territoire des ancêtres face à l’impérialisme occidental. Et c’est l’autorité traditionnelle, dépositaire du pouvoir ancestral, qui cristallisera cette lutte pour le destin, le devenir et le désir légitime des peuples de ne dépendre que d’eux-mêmes.

 

 

Philémon MOUBEKE A MBOUSSI

Master en théories et pluralismes juridiques

Doctorant (boursier) en droit

Fondation AfricAvenir International

 

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